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Durant
le mois
des
feuilles qui tombent,
l'arbre qui donne le sucre devient couleur de sang. Nos ancêtres
racontaient que, autrefois, les hommes et les animaux voyageaient
librement entre la Grande Île sur le dos de la Grande Tortue
et la Terre d'en Haut, le domaine de la Petite Tortue. Tous montaient
et descendaient par l'arc-en-ciel, le pont de toutes les couleurs.
Ici
et là, les hommes et les animaux se promenaient et jouaient
sans souci. Afin d'éviter les guerres et les querelles, le
Grand Esprit leur avait enlevé la faim et la soif. Il faisait
aussi durer les mois chauds toute l'année de sorte que les
hommes n'avaient pas besoin de prendre aux animaux leur robe de
fourrure. Sur l'Île de la Grande Tortue ou sur la terre de
la Petite Tortue, tout alla bien pendant un nombre incalculable
de lunes, jusqu'au moment où Rat, chez qui loge depuis Taoueskare,
le mauvais frère, proposa de jouer à qui courrait
le plus vite chez les animaux de la forêt.
C'est ainsi que Élan, Cerf, Lièvre, Loup, Cougar et
Caribou prirent le départ de la course, mais à la
surprise générale, ce fut Lièvre qui se classa
au premier rang. Il faut dire que Renard, pour jouer un vilain tour
aux autres, avait fait placer les frères de Lièvre
tout au long du parcours. Le dernier n'eut que quelques sauts à
faire pour battre Cerf qui était loin devant ceux qui avaient
pris le départ.
Dans
cette course, Ours était juge et, comme il a la vue basse,
il ne put distinguer un frère Lièvre d'un autre. Il
proclama donc vainqueur celui qui avait franchi la ligne d'arrivée.
Cerf fut très fâché. Sans dire un mot, il quitta
l'assemblée et, sans attendre les autres, il remonta vers
la Terre d'en Haut par le pont de toutes les couleurs.
Sa
conduite déplut à Ours qui le suivit pour lui faire
des remontrances. Au lieu de s'expliquer avec lui, Cerf hérissa
les poils sur son dos et chargea son compagnon tête baissée.
Ours se défendit de son mieux, mais il fut blessé
à plusieurs endroits. Il aurait pu être tué
si Loup, qui l'avait suivi, n'avait pas pris sa part et chassé
Cerf.
Poursuivi
par Loup, qui est demeuré depuis son plus dangereux ennemi,
Cerf se sauva et le sang d'Ours sur ses bois dégoulina sur
les feuilles des arbres à sucre. Depuis, tous les ans, les
feuilles prennent la couleur du premier sang versé sur la
Terre. Ainsi l'a ordonné le Grand Esprit afin que les animaux
se rappellent comment eux-mêmes mirent fin à la Grande
Trêve et afin que les hommes profitent de cette leçon.
Et pour punir Cerf, le Grand Esprit a aussi voulu que, lorsque les
feuilles rouges sont tombées depuis deux lunes, Cerf perde
aussi ses bois et soit livré sans défense à
Loup.
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Comment peut-on vendre ou acheter le ciel ?
Comment
peut-on vendre ou acheter le ciel ? Comment peut-on vendre ou acheter
la chaleur de la terre ? Cela nous semble étrange. Si la
fraîcheur de l'air et le murmure de l'eau ne nous appartient
pas, comment peut-on les vendre ?
Pour mon peuple,
il n'y a pas un coin de cette terre qui ne soit sacré.
Une
aiguille de pin qui scintille, un rivage sablonneux, une brume légère,
tout est saint aux yeux et dans la mémoire de ceux de mon
peuple. La sève qui monte dans l'arbre porte en elle la mémoire
des Peaux-Rouges. Les morts des Blancs oublient leur pays natal
quand ils s'en vont dans les étoiles. Nos morts n'oublient
jamais cette terre si belle, puisque c'est la mère du Peau-Rouge.
Nous faisons partie de la terre et elle fait partie de nous. Les
fleurs qui sentent si bon sont nos surs, les cerfs, les chevaux,
les grands aigles sont nos frères ; les crêtes rocailleuses,
l'humidité des Prairies, la chaleur du corps des poneys et
l'homme appartiennent à la même famille. Ainsi, quand
le grand chef blanc de Washington me fait dire qu'il veut acheter
notre terre, il nous demande beaucoup...
Les rivières sont nos surs, elles étanchent
notre soif ;
ces rivières portent
nos canoës et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons
notre terre, vous devez vous rappeler tout cela et apprendre à
vos enfants que les rivières sont nos surs et les vôtres
et que, par conséquent, vous devez les traiter avec le même
amour que celui donné à vos frères. Nous savons
bien que l'homme blanc ne comprend pas notre façon de voir.
Un coin de terre, pour lui, en vaut un autre puisqu'il est un étranger
qui arrive dans la nuit et tire de la terre ce dont il a besoin.
La terre n'est pas sa sur, mais son ennemie ; après
tout cela, il s'en va. Il laisse la tombe de son père derrière
lui et cela lui est égal ! En quelque sorte, il prive ses
enfants de la terre et cela lui est égal. La tombe de son
père et les droits de ses enfants sont oubliés. Il
traite sa mère, la terre, et son père, le ciel, comme
des choses qu'on peut acheter, piller et vendre comme des moutons
ou des perles colorées. Son appétit va dévorer
la terre et ne laisser qu'un désert... L'air est précieux
pour le Peau-Rouge car toutes les choses respirent de la même
manière. La bête, l'arbre, l'homme, tous respirent
de la même manière. L'homme blanc ne semble pas faire
attention à l'air qui respire. Comme un mourant, il ne reconnaît
plus les odeurs. Mais, si nous vous vendons notre terre, vous devez
vous rappeler que l'air nous est infiniment précieux et que
l'Esprit de l'air est le même dans toutes les choses qui vivent.
Le vent qui a donné à notre ancêtre son premier
souffle reçoit aussi son
dernier regard. Et si nous vendons notre terre, vous devez la garder
intacte et sacrée comme un lieu où même l'homme
peut aller percevoir le goût du vent et la douceur d'une prairie
en fleur...
Je suis un sauvage et je ne comprends
pas une autre façon de vivre.
J'ai
vu des milliers de bisons qui pourrissaient dans la prairie, laissés
là par l'homme blanc qui les avait tués d'un train
qui passait. Je suis un sauvage et je ne comprends pas comment ce
cheval de fer qui fume peut-être plus important que le bison
que nous ne tuons que pour les besoins de notre vie. Qu'est-ce que
l'homme sans les bêtes ? Si toutes les bêtes avaient
disparu, l'homme mourrait complètement solitaire, car ce
qui arrive aux bêtes bientôt arrive à l'homme.
Toutes les choses sont reliées entre elles.
Vous devez apprendre à vos enfants que la terre sous leurs
pieds n'est autre
que la cendre de nos ancêtres. Ainsi, ils respecteront la
terre. Dites-leur aussi que la terre est riche de la vie de nos
proches. Apprenez à vos enfants ce que nous avons appris
aux nôtres : que la terre est notre mère et que tout
ce qui arrive à la terre arrive aux enfants de la terre.
Si les hommes crachent sur la terre, c'est sur eux-mêmes qu'ils
crachent. Ceci nous le savons : la terre n'appartient pas à
l'homme, c'est l'homme qui appartient à la terre. Ceci nous
le savons : toutes les choses sont reliées entre elles comme
le sang est le lien entre les membres d'une même famille.
Toutes les choses sont reliées entre elles...
Mais, pendant que nous périssons, vous allez briller,
illuminés par la force
de Dieu qui vous a conduits sur cette terre et qui, dans un but
spécial, vous a permis de dominer le Peau-Rouge. Cette destinée
est mystérieuse pour nous. Nous ne comprenons pas pourquoi
les bisons sont tous massacrés, pourquoi les chevaux sauvages
sont domestiqués, ni pourquoi les lieux les plus secrets
des forêts sont lourds de l'odeur des hommes, ni pourquoi
encore la vue des belles collines est gardée par les fils
qui parlent.
Que sont devenus les fourrés profonds ?
Ils ont disparu.
Qu'est devenu le grand aigle
Il a disparu aussi.
C'est la fin de la vie et le commencement de la survivance.
"
Chef indien" Seattle
Réponse
au Président Cleveland des Etats-Unis d'Amérique,
1894
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